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Breton,
né en Bigoudénie maritime,
Marc Tanneau vit au Guilvinec, un port près
de Quimper, au-delà de l'Odet. Docker de métier,
il côtoya les bateaux, les docks, les chantiers, les
cimetières marins.
Avec
la même attention que les étudiants qui entourent
le docteur Deyman sur la Leçon d'anatomie de Rembrandt
et contemplent la dépouille gisante du défunt,
Marc Tanneau dissèque la coque, fouillant ses œuvres
vives, transposant avec soin et méticulosité les
structures des barques dans quelques peintures graves aux couleurs
insolites.
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Les
formes objectivées, arrachées à la flottabilité
des embarcations, demeurent reconnaissables: la carène
et la quille, les charpentes et les varangues que prolongent
les allonges, les porques de renforcement, les barrots, fixées
sur les membrures et qui solidement soutiennent le bordé.
Il est vrai que désirant animer l'immobilisme foncier
du sujet, Tanneau ne peint que quelques bordages, planches mal
fixées laissant visibles les ouvertures béantes.
Ce qui crée un malaise provocateur, peu définissable
mais indéniable.
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Tanneau
recrée les parages où sévit la mort lente.
Le cimetière marin côtoie le centre portuaire.
Près des habitations, les carcasses échouées
sont entrées en agonie. La déchéance
étend son emprise. Ne restent que brisures de rêve,
illusions étiolées, poutres vermoulues que la
vase, telle une lèpre rongeante, recouvre de teintes
verdâtres.
La
crique s'abandonne au limon, à cette boue putride qui,
oublieuse du reflux, refuse le miroitement. Gangrenée
de toutes parts, la coque prisonnière livre son renoncement
aux étreintes mortelles de la vasière.
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Dans
une œuvre bien charpentée, conçue hors
faiblesses ou compromissions, Marc Tanneau démontre
avec flagrance un talent indéniable. Au hasard d'une
halte fortuite (et hautement bienvenue) à Penmarc'h,
je pus découvrir, accrochés aux murs du restaurant,
cette demi-douzaine de peintures actuellement exposées
ici. Preuve, s'il en est besoin, qu'il n'y a pas de lieux
qui, plus que d'autres, privilégieraient le dialogue
ou la découverte. Cette fois ce dernier mot garde
tout son sens et toute sa saveur.
Jo
Verbrugghen
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